Océanographie
L'océanographie, ou l’exploration scientifique de la mer, science nouvelle dans cette deuxième moitié du XIXe siècle est à la fois la grande passion et la grande oeuvre scientifique du prince.
"C'est en 1884 que mes relations avec de hautes personnalités scientifiques succédant à l'étude de certaines questions maritimes, dirigèrent ma pensée vers les recherches thalassographiques dont l'intérêt primitivement signalé par Alphonse Milne-Edwards avait grandi dans la science à chaque expédition nouvelle jusqu'à celle du Talisman. Peu à peu le désir de contribuer à ces travaux me gagna jusqu'au jour où il m'obséda." (AMOM, Manuscrits du prince Albert Ier, cahier F, folios 10 recto, 11 recto et verso, 13 recto).
Un des enjeux de cette discipline est de prouver la possibilité du vivant dans les grandes profondeurs, cette question divise la communauté scientifique. Le prince se situe du côté de ceux qui croient, avec raison, à cette possibilité. De 1880 à 1883, deux navires de la Marine nationale française, le Travailleur puis le Talisman, accomplissent des croisières en Atlantique et en Méditerranée où des équipes scientifiques dirigées par Alphonse Milne-Edwards, professeur au Muséum de Paris, recueillent des organismes vivants et des données physico-chimiques et topographiques. Les résultats obtenus et les engins utilisés sont ensuite présentés au Muséum dans une exposition que le prince Albert visite. De là vient sa vocation de se lancer dans la recherche : « J’étais marin, et mon goût passionné pour les sciences me permettait de reconnaître ce qu’il y avait d’utile à faire. Mes moyens se bornaient à un navire très petit et sans vapeur ; c’est avec lui que je me suis lancé dans une entreprise considérable, résolu à la pousser aussi loin qu’il serait humainement possible ».
Pour mener ces recherches, vingt-huit campagnes seront organisées et dirigées par le prince Albert Ier entre 1885 et 1915 (1914, pour l'essentiel, la dernière opération en 1915, dans la rade de Toulon, opération de déminage n'est pas véritablement une campagne scientifique), elles le mèneront notamment dans les eaux portugaises, aux Açores, à Madère, au Cap-Vert également, et vers l'Arctique, au Spitzberg, au large de la Norvège, et à un degré moindre en Méditerranée.
Il est entouré pour cela des meilleurs scientifiques à bord. Citons, notamment, dès 1887, le grand océanographe et carcinologue français Jules Richard (1863-1945), qui le suit sur toutes les campagnes et devient en 1900 le directeur du Musée océanographique (jusqu'en 1945). Richard est l'auteur d'un ouvrage de référence sur la nouvelle science : L'Océanographie, Paris, Vuibert et Nony, 1907, VI-398 p. Par ailleurs, le prince équipe au mieux ses navires des instruments, ou "appareils" qu'il cherche sans cesse à améliorer, nécessaires aux travaux d'observation, de prélèvement ou de météorologie : "Dans mes croisières, j'ai l'habitude de faire ce que j'appelle des stations : c'est-à-dire que plusieurs points de la mer sont choisis pour pratiquer sur chacun d'eux une série aussi complète que possible d'opérations au moyen des instruments destinés à l'Océanographie pure et des engins consacrés à la zoologie ou à la biologie. Le point de la station est marqué par une bouée que je mouille sur le fond, quelle que soit sa hauteur, et une nasse est adjointe au lest nécessaire à cette installation : de cette manière l'appareil travaille pendant toute la durée de la station sans faire perdre un temps précieux." (Albert Ier de Monaco, "L'outillage moderne de l'océanographie", La science au XXe siècle, 3e année, n°26, 15 février 1905, p. 33-39).
Le prince définit les responsabilités des campagnes qu'il dirige, refusant de se borner à être un simple mécène ou de se livrer comme le veut l'usage pour les personnes de son rang de pratiquer une "océanographie de loisir". C'est lui qui décide des lieux et des programmes de recherche, sans pour autant prétendre être omniscient. Il sait déléguer les tâches, selon les compétences, aux spécialistes. Autodidacte, curieux, avec d'autres, il contribue fortement aux progrès de sa discipline avant le bouleversement de la Première Guerre mondiale qui conduit à une professionnalisation de la science et, entre autres, de l'océanographie.
Le Discours de l'Océan, prononcé le 25 avril 1921 devant l'Académie des sciences de Washington, véritablement testament scientifique, résume une vie de travail au service de la recherche océanographique.
On consultera avec profit sur le sujet les ouvrages suivants :
Jacqueline Carpine-Lancre, Albert Ier de Monaco, prince de Monaco, Des oeuvres de science et de paix, Monaco, Palais de S.A.S. le Prince, 1998, 205 p.
Chritsian Carpine, La pratique de l'océanographie au temps du prince Albert Ier, Monaco, Musée océanographique, 2022.
Stéphane Lamotte, Les mondes d'un prince, Albert Ier de Monaco et son temps, Paris, La Martinière, 2022, 330 p.
Un dossier, réalisé par Mme Jacqueline Carpine-Lancre, présent sur le site du Centre scientifique de Monaco permet également une utile mise au point :
Le musée océanographique
La statue de François Cogné
La rue des Açores
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Musée océanographique
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