Lettre d'Alexandrine Zola au prince Albert Ier
Lettre d'Alexandrine Zola au prince Albert Ier
Transcription
11 mai 1907
À son Altesse Sérénissime le Prince de Monaco,
Monseigneur,
Je regrette que votre Altesse se soit donné la peine de répondre je n’étais pas inquiète sur l’eau forte l’ayant expédiée moi-même. Ce n’est que sur la réception du livre « lettres de jeunesse » que j’avais des craintes ; M. Fasquelle ayant voulu l’expédier directement de la librairie. Seulement ayant appris que certains de ses envois n’étaient pas arrivés, je me décidai à me renseigner sur ceux que je tenais le plus à ce qu’ils arrivassent. M. Bourée eut l’obligeance de ne pas me faire attendre la réponse et m’assura que votre Altesse avait bien reçu son exemplaire spécial.
Mais si j’ai du regret des minutes perdues par Votre Altesse, moi, personnellement je les bénis car c’eut été dommage que je fusse privé d’une lettre qui m’est si précieuse. Je retrouve en elle toute l’immense tendresse, le grand cœur que contiennent de nombreux passages de La Carrière d’un navigateur, livre qui m’a extrêmement intéressée et très vivement émue. Les lignes reçues ces jours derniers m’ont fait encore plus sensiblement sentir toute l’affection que votre altesse garde à mon cher disparu, ce qui est pour âme une douceur infinie. Voici enfin les portraits que votre altesse m’a fait l’honneur de me demander. Qu’elle veuille bien ne pas croire à de la négligence encore moins à de l’indifférence. Je n’ai voulu qu’à attendre le décret qu’a signé il y a huit jours le président de la République. Il ne donne le droit d’en user qu’après une année. Je ne crois cependant pas faire une grosse faute d’enfreindre ce droit, qui ne peut avoir aucune fâcheuse conséquence, j’avais un tel désir à ce que le décret servit à témoigner un sentiment de profonde gratitude, qu’immédiatement je fis signer les portraits par mes chers pupilles, à seule fin que la signature qu’ils auront désormais, qa primeur en fût donnée à votre altesse.
Je veux m’excuser d’avoir mis ce portrait en deux cadres. A côté de mon cher mari seul, je pouvais me placer ; avec lui et ses enfants, cela n’est pas possible. Je ne me reconnais pas le droit de me substituer à une autre personne, méprise qui aurait pu se produire. Cette idée m’a fait assez tristement me mettre en dehors d’eux, mais je ne veux garder l’espoir de rester aussi près que possible dans leur voisinage.
J’ajoute deux autres photographies. L’une pourrait être placée en tête du volume des « lettres de jeunesse ». L’autre représente notre Médan photographié par moi pendant que mon cher mari était sur le bureau de son cabinet de travail.
Je réclame de votre Altesse toute l’indulgence pour la longueur démesurée de cette lettre et je prie Monseigneur de bien vouloir agréer l’assurance de mes sentiments de très haute et respectueuse déférence.
Alexandrine Zola
Description
Il est question dans la lettre de l'ouvrage du prince, La Carrière d’un navigateur, œuvre du prince, lu par la femme d’un grand écrivain. On y trouve également une allusion discrète et élégante d’Alexandrine à Jeanne Rozerot (1867-1914), la jeune lingère maîtresse de son mari à partir de 1888 et à la reconnaissance par Alexandrine de Denise (née en 1899) et de Jacques (né en 1891) , les deux enfants naturels que son mari a eu avec Jeanne. On peut aussi y voir des références à la photographie, passion de son mari, et aussi d’Alexandrine, partagée par le prince Albert Ier.
Protagonistes
Auteur