Lettre de Bertha von Suttner au prince Albert Ier, 14 mai 1914

Lettre de Bertha von Suttner au prince Albert Ier, 14 mai 1914

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Transcription

Wien, 14 mai 1914

Monseigneur,

Il y a bien longtemps qu'il n'y a pas eu de nouvelles directes échangées entre Votre Altesse et moi ; cependant, j'ai toujours su par d'autres quels étaient vos mouvements. Quant à moi, j'ai assisté l'été dernier à l'ouverture du Palais de la Haye, , et en ce moment je suis toute occupée du 21e Congrès de la Paix qui doit se réunir à Vienne du 14 au 19 septembre à Vienne.

J'ignore si vous serez sur terre ou sur mer à cette époque - je me risque cependant à vous envoyer une invitation. Votre venue, ne serait-ce que pour un jour, rehausserait singulièrement la tenue de ces assises. Et même votre acceptation préalable - fussiez-vous empêché plus tard - serait un appoint dont je vous saurais infiniment gré. 

Nous traversons en ce moment, en Europe, une telle poussée militariste, que les démonstrations pacifistes, sont devenues doublement nécessaires et importantes. Mettant mon espoir dans l'active sympathie que vous avez toujours montrée à notre cause, je sais que vous pardonnerez ma démarche et que peut-être vous accorderez à ma demande de bien vouloir prouver l'intention d'honorer le congrès de votre présence.

Recevez Monseigneur tous mes voeux de bonheur et l'expression de mon dévouement sans bornes. 

Berthe Suttner (Bertha von Suttner)

 

Langue Français
Nature du document Image fixe
Date de création 14/05/1914
Lieu(x) lié(s) Vienne
Fiche vérifiée par Comité Albert Ier
Collection Archives et Bibliothèque du Palais princier de Monaco
Référence de la source APM - C717
Date de mise en ligne 06/02/2026

Description

Cette lettre de Bertha von Suttner, une des dernières, est remarquable pour deux raisons. Elle montre la force et la fidélité du lien avec le prince Albert Ier et elle illustre, jusqu'au bout, son infatigable combat pour la paix. En août 1913, déjà affaiblie par la maladie, la baronne prend la parole au Congrès international de la paix de La Haye, où elle est grandement honorée en tant que « généralissime » du mouvement pacifiste. En mai 1914, comme l'illustre la lettre, elle peut encore s'intéresser aux préparatifs du vingt-et-unième Congrès de la paix, prévu à Vienne en septembre. La progression de la maladie ne lui permettra pas d'y participer. Elle meurt le 21 juin 1914, deux mois avant le déclenchement de la guerre mondiale qu'elle avait prédite et contre laquelle elle avait lutté.